Education

La chasse aux sourires

Dans mon rôle de père je me suis souvent surpris à organiser pleins trop d’activités, de sorties pour mes enfants pour augmenter mes chances d’obtenir de la reconnaissance de leur part : t’es un papa trop génial !

C’est également la même mécanique qui pousse parents et grands-parents à couvrir les enfants de cadeau. Objectif sourire, si possible immortalisé en photo pour pouvoir se redonner un auto shoot de reconnaissance quant en a besoin.

D’ailleurs j’ai écris deux articles connexes à ce sujet que je vous invite à lire pour compléter :

  • Alors ca t’a plu ? qui parle justement de comment on cherche à obtenir de la reconnaissance de « bons parents » après un truc qu’on a fait pour ses enfants
  • Regarde ce que j’ai eu qui évoque la valorisation perçue par l’enfant quand il reçoit pleins de cadeaux.

Je suis assez grande

Je m’en sers souvent comme exemple donc vous devez le savoir : j’ai deux chouettes filles. Avec 3 ans d’écart.
Et il n y a pas un seul jour qui passe sans que la petite essaye de montrer qu’elle aussi, elle est capable de faire certaines choses comme la grande.

Elle est en quête perpétuelle de démontrer qu’elle est l’égale de sa soeur, qu’elle peut faire aussi bien qu’elle. Ce besoin étant alimenté par la grande à grand coup de regardes moi j y arrives. Et du coup, comme c’est souvent le cas avec les deuxièmes, elle est plus débrouillarde, plus casse cou et fait pas mal de choses plus tôt que sa soeur.

Voici un autre exemple.
L’autre jour, ma fille m’a fait une scène pas possible pour que je la laisse jouer avec un jouet électronique.Je n’étais pas d’accord car ce jouet n’était pas de son âge. Mais mon argumentaire ne faisait que renforcer sa crise car en gros, ce qu’elle comprenait elle, c’était qu’elle n’était pas capable de jouer avec. J’ai finalement pris le jouet pour essayer de lui montrer sauf que le jouet ne fonctionnait plus. Plus de batterie. Et là, miracle la crise s’est stoppé nette.
Pour moi la preuve que c’est plus l’envie de prouver qu’elle pouvait jouer avec qui guidait son comportement que l’envie réelle de s’amuser avec le jouet.

En tout cas, depuis que j’ai compris ce besoin chez elle j’essaye de le combler du mieux que je peux en lui faisant comprendre qu’elle n’a pas besoin de faire comme sa soeur pour être appréciée.

Après j’avoue que cette mécanique de Je veux montrer que je suis grande peut aussi avoir des avantages quand on sait en jouer : non non ma fille, les épinards c’est que pour les grands…

Alors ça t’a plu ?

Quand vous avez organisé l’anniversaire de votre enfant et que les copains sont partis, une des questions qui revient en général c’est Alors ça t’a plus ?

Dans la même idée, quand vos deux boutchous viennent de passer deux semaines chez leurs grands-parents, mamie leur demande souvent sur le pas de la porte avant de partir : Alors ça vous a plus les filles ?

Je pense que la façon de demander n’est pas annodine.

Il y a pour moi une différence importante entre dire Alors ça t’a plu et une autre version qui serait de dire Alors tu t’es bien amusé ?

Avec cette seconde version, on demande vraiment à l’enfant si il a pris du plaisir, s’il s’est amusé.
Avec la première on cherche plus à obtenir de la reconnaissance sur son rôle de parents / grands-parents. On cherche à savoir si on a bien fait, si on a été à la hauteur.

Je suis fier de toi

Quand une maman dit à son fils : je suis fier de ce que tu es devenu ou simplement je suis fier de toi, je pense que c’est un coup de billard à 2 bandes de la reconnaissance.
Je pense qu’au fond, la maman est heureuse car de son côté elle obtient de la reconnaissance (de ses amis ou de lui même) pour l’éducation qu’elle a pu apporter à son fils et qui lui a permis de devenir ce qu’il est.
Mais pour ne pas trop se vanter elle le dit de manière détournée.

D’ailleurs la mécanique est la même pour un entraîneur qui dit à ses joueurs en fin de match, je suis fier de vous les gars.
Celà veut dire en réalité : je suis fier de vous car du coup je vais recevoir pleins de compliments sur cette belle équipe qu’ai contribué à monter.

Ou encore un papa qui exprime sa fierté quand son fils a réussi à avoir sa seconde étoile au ski et qu’il a passé des heures sur la piste avec lui.

On passe des concours

Brevet, Baccalauréat, Permis de Conduire, Meilleur Ouvrier de France, Prix Goncourt, Festival de Cannes, Jeux Olympiques, Concours Général Agricole mais aussi L’école des fans (ou The Voice), Miss Camping, L’homme le plus fort, ou encore le concours du Plus Gros Mangeur d’orties (ca existe !), notre vie est jalonnée par des concours plus ou moins prestigieux ou importants.

Et gagner un concours, c’est obtenir de la reconnaissance.

Fondamentalement, si on réfléchit, un concours ne rime pas à grande chose. Ce ne sont pas eux qui nous font progresser et acquérir des compétences. Quand on se présente à un concours, les compétences, ont les a déjà. On a juste besoin de le prouver et que quelqu’un nous le dise. Que ce soit une maitresse, un grand nombre de personnes comme un public, une institution ou un jury.

Les frères et soeurs se chamaillent constamment

Et si on observe bien, 90% de leurs disputes ont un lien avec le besoin de reconnaissance.

Un cas classique de dispute c’est le Elle m’a pris mes affaires, c’est pas à elle ! Et souvent ces mots sont prononcés par la grande sœur qui vient de se faire squatter ses jouets par la petite sœur. Et pourtant la petite à des jouets, mais elle préfère ceux de sa grande sœur. Tout simplement parce qu’elle essaye de prouver ainsi qu’elle est aussi bien que sa sœur, aussi grande et qu’elle veut obtenir autant de reconnaissance que sa sœur.

Ce phénomène est un classique des frères et sœurs où la petite dernière est souvent la chipie, celle qui obéit moins, celle qui fait plus de bêtises, la plus casse-cou. Ces comportements ont bien souvent une origine commune : prouver qu’on existe. La petite dernière essaye tout naturellement de remplir sa jauge de reconnaissance pour arriver au même niveau que celle de sa grande sœur. Sauf que comme la grande a eu quelques années de plus pour la remplir, bah la petite, pour compenser force un peu plus, va un peu plus loin. Quitte à parfois dépasser les limites, faire quelques bêtises ou se chamailler avec sa sœur.

Dans le même esprit, on aurait aussi pu parler du petit dernier qui reçoit moins de nouveaux habits que son grand frère (logique, recyclage). La conséquence, c’est qu’il se sent moins aimé, moins considéré, moins reconnu par ses parents. Ce qui nourrit un sentiment envers son grand frère qu’on a l’habitude de ranger dans la case jalousie. Pour moi, cette jalousie, est la conséquence d’un manque d’équité dans la reconnaissance perçue par le plus petit.

Et c’est également comme cela qu’on arrive à pleins de mini-conflits qui partent de trucs souvent insignifiants :

  • j’ai pas eu autant de jus qu’elle
  • c’est moi la première à lancer le dès
  • elle a une plus grosse part que moi
  • tu l’as cherché la première à l’école est pas moi
  • c’est moi qui choisit la chanson pas toi

L’éducation positive apporte d’ailleurs des clés pour agir sur ce besoin de reconnaissance à la base, en partant du principe qu’un enfant, aussi petit soit-il, est une personne comme les autres, qui a des besoins. Besoin qu’on le considère, qu’on s’occupe de lui, qu’on joue avec lui, qu’on le félicite. Et tout celà, ca apporte de la reconnaissance !

On dispute souvent nos enfants pour rien

Imaginez-vous en train de faire vos courses en famille au supermarché avec vos enfants. Le petit court dans le magasin et la grande vous demande avec insistance si vous pouvez lui acheter une tablette de chocolat. Sauf que tout cela fait pas mal de bruit et attire l’attention. Et à un moment, les regards des autres clients commencent à se tourner vers vous.
Ni une ni deux, vous affirmez votre autorité de parent en disputant vos enfants : Ca suffit, asseyez-vous tous les deux dans le caddie, et personne n’aura de chocolat !!

Pourquoi cette réaction ?
Si on analyse froidement la situation, vos enfants ne faisaient rien de bien grave : ils jouaient et demandaient avec persévérance et leurs mots un truc qu’ils aiment.
Si vous êtes honnête avec vous-même, ce qui vous a posé problème à ce moment précis ce n’est pas réellement l’attitude de vos enfants mais l’impact que celà a eu sur le regard des autres sur vous. Une sorte de sentiment de honte vous a envahi car vous lisiez dans les regards des autres un truc dans le genre : purée, celle la, elle ne sait pas gérer ses enfants. Et vous avez eu l’impression de ne pas être à la hauteur. De ne pas être un bon parent. De ne pas être reconnu comme un bon parent.

Laissez-moi prendre un autre exemple.
On voit souvent des parents s’énerver avec leurs enfants pour qu’ils finissent leur assiette. Alors même que l’enfant dit ne plus avoir faim, le parent insiste lourdement pour qu’il finisse son assiette, jusqu’à le disputer.

A mon sens encore une fois cette réaction est sur dimensionnée est inutile.
Si l’enfant n’a plus faim et qu’il l’exprime, pourquoi le forcer à manger.
Un des arguments classiques, est le : on ne va pas gâcher. Ok c’est vrai, il ne faut pas gâcher. Alors il suffit de ranger les restes dans un tup non ? Le problème est en fait ailleurs.
Le problème c’est qu’un des rôles naturels d’un parent c’est de s’assurer que son enfant ne meurt pas de faim. En chassant, ou, dans notre air moderne, en travaillant pour lui acheter de la nourriture.
Un enfant qui ne mange pas renvoie donc sans le vouloir à son parent l’image que ce n’est pas un bon parent. Qu’il n’est pas reconnu comme un beau parent.

Dans l’éducation, les exemples où les actions des parents sont dictées par ce besoin d’être reconnu comme un bon parent sont nombreux. En fait tous les cas où les gens peuvent penser que votre enfant est mal élevé. Et que donc vu que c’est vous qui l’élevez, que vous l’avez mal élevé.

Et c’est comme celà qu’on arrive parfois à des situations absurdes.
Certains parents s’évertuent par exemple à expliquer à leur enfant qu’il faut absolument mettre ses avant-bras sur la table et pas ses coudes quand on mange. Parce que sinon ca fait mal élevé.

Vous savez vous pourquoi à l’époque on mettait les avant-bras sur la table et non les coudes ?
Parce qu’à l’époque les gens portaient tous un couteau à la ceinture, même pendant le repas. Et le fait de bien voir les avant-bras visibles posés sur la table était un gage de sécurité pour son voisin qui savait que vous ne pourrez pas facilement saisir votre couteau et le poignarder. Par contre avec les coudes, là, danger. (je suis sur que vous êtes en train d’essayer :))

Une preuve de plus qu’en matière d’éducation ce n’est pas toujours le bon sens ou le besoin de l’enfant qui poussent certains parents à faire faire des choses à leurs enfants. Mais bien le regard des autres sur le fait qu’ils sont des bons parents.

Et malheureusement ce phénomène est encore amplifié quand des personnes tierces sont présentes. Certains parents qui veulent par exemple prouver à leurs propres parents qu’ils sont de bons parents auront parfois des attitudes totalement différents quand ils sont seuls avec leurs enfants, sans jugement possible, ou quand papi et mamie sont là.

Bref, on a besoin d’être reconnu comme étant des bons parents qui ont réussi à élever une belle petite famille. La petite photo de famille proprette ci-dessous que tout le monde fait quasiment étant un dernier exemple de plus 🙂