Enfance

Les yeux qui brillent

J’espère pour vous que vous avez déjà pu voir cette image.
Celle des yeux qui brillent d’un enfant qui vient de faire une action, même petite, dont il est particulièrement fier.

Juste après ce moment là, en général, l’enfant cherche le regard d’un de ses parents pour lui montrer ce qu’il a fait : « regardes papa j’ai mis la table », « regardes le dessin que j’ai fait » « regardes où j’ai réussi à grimper ». Il utilise d’ailleurs en général le mot « regardes » pour être sûr que le parent prenne bien le temps de regarder la belle réalisation et n’écoutes pas juste en acquiescant en mode machinal.

Et c’est au moment où le regard fier du parent croise les yeux de l’enfant qu’un méga shoot de reconnaissance arrive ver l’enfant et fait briller ses yeux !

Regarde ce que j’ai eu

Vous avez déjà observé un enfant qui reçoit un cadeau ?

La première chose qu’il fait ce n’est pas de jouer avec, mais de courir vers ses parents ou ses copains pour montrer fièrement ce qu’il a reçu.

Via cette mécanique il s’offre un shot de reconnaissance en mode regardez, on m’offre des cadeaux, c’est que je dois être important.

D’où le fameux : c’est le geste qui compte.

Ma fille passe des heures sur Google Photos

Elle y regarde des photos d’elle avec ses copines.
Comme pour se prouver qu’elle existe (vu qu’elle est sur la photo) et qu’elle a de l’importance (vu qu’elle ades copines qui viennent fêter son anniversaire)

Ce phénomène est d’ailleurs bien plus marqué chez ma petite dernière. Ce qui me fait encore plus penser que quand elle regarde des photos, c’est pour se prouver qu’elle a de l’importance (cf mon article sur le besoin de reconnaissance plus fort chez les petites dernières).
Elle me demande également de prendre en photo ce qu’elle fait ou un moment important pour elle. Puis, elle revient dessus plus tard en regardant Google Photos avec la petite phrase « tu te rappelles quand j’ai #faitcetruccool ».
Une manière de s’administrer un autoshoot de reconnaissance quand elle en a besoin.

Les frères et soeurs se chamaillent constamment

Et si on observe bien, 90% de leurs disputes ont un lien avec le besoin de reconnaissance.

Un cas classique de dispute c’est le Elle m’a pris mes affaires, c’est pas à elle ! Et souvent ces mots sont prononcés par la grande sœur qui vient de se faire squatter ses jouets par la petite sœur. Et pourtant la petite à des jouets, mais elle préfère ceux de sa grande sœur. Tout simplement parce qu’elle essaye de prouver ainsi qu’elle est aussi bien que sa sœur, aussi grande et qu’elle veut obtenir autant de reconnaissance que sa sœur.

Ce phénomène est un classique des frères et sœurs où la petite dernière est souvent la chipie, celle qui obéit moins, celle qui fait plus de bêtises, la plus casse-cou. Ces comportements ont bien souvent une origine commune : prouver qu’on existe. La petite dernière essaye tout naturellement de remplir sa jauge de reconnaissance pour arriver au même niveau que celle de sa grande sœur. Sauf que comme la grande a eu quelques années de plus pour la remplir, bah la petite, pour compenser force un peu plus, va un peu plus loin. Quitte à parfois dépasser les limites, faire quelques bêtises ou se chamailler avec sa sœur.

Dans le même esprit, on aurait aussi pu parler du petit dernier qui reçoit moins de nouveaux habits que son grand frère (logique, recyclage). La conséquence, c’est qu’il se sent moins aimé, moins considéré, moins reconnu par ses parents. Ce qui nourrit un sentiment envers son grand frère qu’on a l’habitude de ranger dans la case jalousie. Pour moi, cette jalousie, est la conséquence d’un manque d’équité dans la reconnaissance perçue par le plus petit.

Et c’est également comme cela qu’on arrive à pleins de mini-conflits qui partent de trucs souvent insignifiants :

  • j’ai pas eu autant de jus qu’elle
  • c’est moi la première à lancer le dès
  • elle a une plus grosse part que moi
  • tu l’as cherché la première à l’école est pas moi
  • c’est moi qui choisit la chanson pas toi

L’éducation positive apporte d’ailleurs des clés pour agir sur ce besoin de reconnaissance à la base, en partant du principe qu’un enfant, aussi petit soit-il, est une personne comme les autres, qui a des besoins. Besoin qu’on le considère, qu’on s’occupe de lui, qu’on joue avec lui, qu’on le félicite. Et tout celà, ca apporte de la reconnaissance !

On cherche tous l’amour

Je pense que l’amour c’est le niveau ultime de reconnaissance qu’on peut donner à quelqu’un. Quand on dit je t’aime à quelqu’un, je pense qu’on lu dit en fait, je te reconnais comme étant la personne parfaite pour moi.

Et c’est pour celà que quand on se sent aimé, on se sent heureux, on se sent pousser des ailes, on se sent invincibles. Tout simplement car notre jauge de reconnaissance est pleine au max.

C’est valable pour un couple bien évidement mais également pour l’éducation des enfants. Quand les enfants savent qu’ils sont aimés ils avancent mieux, ils progressent plus vite, ils prennent des initiatives plus facilement car ils n’ont pas peur d’échouer. Car même s’ils échouent leur jauge de reconnaissance est tellement pleine que celà ne les stabilisera pas. Surtout si en plus on leur fait comprendre de manière bienveillante qu’ils n’ont pas forcément « échoué » et qu’ils feront mieux la prochaine fois.

On dispute souvent nos enfants pour rien

Imaginez-vous en train de faire vos courses en famille au supermarché avec vos enfants. Le petit court dans le magasin et la grande vous demande avec insistance si vous pouvez lui acheter une tablette de chocolat. Sauf que tout cela fait pas mal de bruit et attire l’attention. Et à un moment, les regards des autres clients commencent à se tourner vers vous.
Ni une ni deux, vous affirmez votre autorité de parent en disputant vos enfants : Ca suffit, asseyez-vous tous les deux dans le caddie, et personne n’aura de chocolat !!

Pourquoi cette réaction ?
Si on analyse froidement la situation, vos enfants ne faisaient rien de bien grave : ils jouaient et demandaient avec persévérance et leurs mots un truc qu’ils aiment.
Si vous êtes honnête avec vous-même, ce qui vous a posé problème à ce moment précis ce n’est pas réellement l’attitude de vos enfants mais l’impact que celà a eu sur le regard des autres sur vous. Une sorte de sentiment de honte vous a envahi car vous lisiez dans les regards des autres un truc dans le genre : purée, celle la, elle ne sait pas gérer ses enfants. Et vous avez eu l’impression de ne pas être à la hauteur. De ne pas être un bon parent. De ne pas être reconnu comme un bon parent.

Laissez-moi prendre un autre exemple.
On voit souvent des parents s’énerver avec leurs enfants pour qu’ils finissent leur assiette. Alors même que l’enfant dit ne plus avoir faim, le parent insiste lourdement pour qu’il finisse son assiette, jusqu’à le disputer.

A mon sens encore une fois cette réaction est sur dimensionnée est inutile.
Si l’enfant n’a plus faim et qu’il l’exprime, pourquoi le forcer à manger.
Un des arguments classiques, est le : on ne va pas gâcher. Ok c’est vrai, il ne faut pas gâcher. Alors il suffit de ranger les restes dans un tup non ? Le problème est en fait ailleurs.
Le problème c’est qu’un des rôles naturels d’un parent c’est de s’assurer que son enfant ne meurt pas de faim. En chassant, ou, dans notre air moderne, en travaillant pour lui acheter de la nourriture.
Un enfant qui ne mange pas renvoie donc sans le vouloir à son parent l’image que ce n’est pas un bon parent. Qu’il n’est pas reconnu comme un beau parent.

Dans l’éducation, les exemples où les actions des parents sont dictées par ce besoin d’être reconnu comme un bon parent sont nombreux. En fait tous les cas où les gens peuvent penser que votre enfant est mal élevé. Et que donc vu que c’est vous qui l’élevez, que vous l’avez mal élevé.

Et c’est comme celà qu’on arrive parfois à des situations absurdes.
Certains parents s’évertuent par exemple à expliquer à leur enfant qu’il faut absolument mettre ses avant-bras sur la table et pas ses coudes quand on mange. Parce que sinon ca fait mal élevé.

Vous savez vous pourquoi à l’époque on mettait les avant-bras sur la table et non les coudes ?
Parce qu’à l’époque les gens portaient tous un couteau à la ceinture, même pendant le repas. Et le fait de bien voir les avant-bras visibles posés sur la table était un gage de sécurité pour son voisin qui savait que vous ne pourrez pas facilement saisir votre couteau et le poignarder. Par contre avec les coudes, là, danger. (je suis sur que vous êtes en train d’essayer :))

Une preuve de plus qu’en matière d’éducation ce n’est pas toujours le bon sens ou le besoin de l’enfant qui poussent certains parents à faire faire des choses à leurs enfants. Mais bien le regard des autres sur le fait qu’ils sont des bons parents.

Et malheureusement ce phénomène est encore amplifié quand des personnes tierces sont présentes. Certains parents qui veulent par exemple prouver à leurs propres parents qu’ils sont de bons parents auront parfois des attitudes totalement différents quand ils sont seuls avec leurs enfants, sans jugement possible, ou quand papi et mamie sont là.

Bref, on a besoin d’être reconnu comme étant des bons parents qui ont réussi à élever une belle petite famille. La petite photo de famille proprette ci-dessous que tout le monde fait quasiment étant un dernier exemple de plus 🙂

Les enfants jouent aux cowboys et aux princesses

Les enfants adorent les jeux de représentation dans lesquels ils font comme s’ils étaient des cowboys, des princesses, des stars de la chanson, des super-héros, leur maîtresse…. La liste est infinie, mais je pense que vous avez compris l’idée.

Ce qu’ils vont chercher au travers ces jeux, c’est de la reconnaissance.
En se déguisant en super-héros, ils espèrent secrètement obtenir un petit bout de l’admiration dont bénéficient les super-héros, les princesses, les cowboys, les stars, et même parfois la maîtresse.
Enfin là ça dépend des maîtresses 🙂