Enfance

Les accords toltèques

Ce livre publié en 1997 par Don Miguel Ruiz commence par un gros focus sur ce qui’il appelle la domestication.

Il y explique que durant notre enfance, nous avons appris comment nous comporter en société : que croire et ne pas croire, ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce qui est beau et ce qui est laid, ce qui est juste et ce qui est faux.
En gros on a construit notre système de croyances.

Ce dernier nous a été notamment inculqué par nos parents grâce au levier du besoin de reconnaissance. Comme je l’expliquais dans d’autres post sur l’enfance, lorsque l’on est enfant, on se dispute toujours l’attention de nos parents. Et pour la capter le plus possible on essaye de se conformer aux comportements qu’ils attendent de nous.

Et malheureusement, souvent nous nous sommes du coup mis a faire semblant d’être quelqu’un que nous ne sommes pas vraiment, juste, pour faire plaisir aux autres, juste pour paraître assez bien à leurs yeux, juste pour obtenir leur reconnaissance.
Allant d’ailleurs parfois jusqu’à prétendre être quelqu’un ou mentir par peur d’être rejeté (non reconnu).

Cache cache

Vous avez déjà observé des enfants jouer à cache cache ? Que dit en général le dernier enfant trouvé ? => J’étais bien caché hein ?

Pour moi le vrai objectif du jeu de cache cache est de prouver qu’on est meilleur que les autres en recherche de cachette. Et d’obtenir de la reconnaissance pour celà.

Jamais de cadeaux à la fête des pères

Le vendredi soir, au retour de l’école, mes filles sont en général incapables d’attendre le dimanche pour me donner le cadeau qu’elles ont construit avec leurs petites mains.

Le besoin de me montrer ce qu’elles ont fait (et surtout d’entendre dans la foulée mes mots pleins de reconnaissance) est bien trop fort pour attendre 2 jours de plus.

Je veux que tu joues avec moi

Souvent, les armoires des enfants sont pleines de jeux comme évoqué dans un autre article. Et on s’imagine du coup logiquement que l’enfant en question a de quoi s’occuper.
Sauf que dans s’occuper, il y a se. Genre tout seul, sans interactions avec d’autres.

Sympa 5 minutes mais très vite on remarque que l’enfant souhaites qu’on joue avec lui. Pas forcément parce que s’est mieux de jouer avec papa, maman ou la grande soeur. Mais parce qu’en prenant le temps de le faire on donne à l’enfant de l’importance.

Les armoires sont pleines

Le constat est le même dans beaucoup de familles. Les armoires à jouet des enfants sont pleines, souvent proportionnellement à la taille de la famille.

Malgré les invectives des parents à l’approche de Noël ou des anniversaires (Ne les gâtez pas trop !) les mamies, marraines et amis ont en effet tendance à offrir beaucoup de cadeaux.

Et leur but n’est pas combler un manque chez l’enfant (ses armoires sont pleines, il a de quoi jouer !). L’objectif est bien de combler leur besoin de reconnaissance à eux en montrant qu’ils sont de bonnes mamies, marraines, amis.

Donc même si l’armoire est pleine, ils continueront.


Et les enfants continueront à pouvoir eux aller chercher de la reconnaissance grâce à celà, en mode regarde ce que j’ai eu.

Les yeux qui brillent

J’espère pour vous que vous avez déjà pu voir cette image.
Celle des yeux qui brillent d’un enfant qui vient de faire une action, même petite, dont il est particulièrement fier.

Juste après ce moment là, en général, l’enfant cherche le regard d’un de ses parents pour lui montrer ce qu’il a fait : « regardes papa j’ai mis la table », « regardes le dessin que j’ai fait » « regardes où j’ai réussi à grimper ». Il utilise d’ailleurs en général le mot « regardes » pour être sûr que le parent prenne bien le temps de regarder la belle réalisation et n’écoutes pas juste en acquiescant en mode machinal.

Et c’est au moment où le regard fier du parent croise les yeux de l’enfant qu’un méga shoot de reconnaissance arrive ver l’enfant et fait briller ses yeux !

Regarde ce que j’ai eu

Vous avez déjà observé un enfant qui reçoit un cadeau ?

La première chose qu’il fait ce n’est pas de jouer avec, mais de courir vers ses parents ou ses copains pour montrer fièrement ce qu’il a reçu.

Via cette mécanique il s’offre un shot de reconnaissance en mode regardez, on m’offre des cadeaux, c’est que je dois être important.

D’où le fameux : c’est le geste qui compte.

Ma fille passe des heures sur Google Photos

Elle y regarde des photos d’elle avec ses copines.
Comme pour se prouver qu’elle existe (vu qu’elle est sur la photo) et qu’elle a de l’importance (vu qu’elle ades copines qui viennent fêter son anniversaire)

Ce phénomène est d’ailleurs bien plus marqué chez ma petite dernière. Ce qui me fait encore plus penser que quand elle regarde des photos, c’est pour se prouver qu’elle a de l’importance (cf mon article sur le besoin de reconnaissance plus fort chez les petites dernières).
Elle me demande également de prendre en photo ce qu’elle fait ou un moment important pour elle. Puis, elle revient dessus plus tard en regardant Google Photos avec la petite phrase « tu te rappelles quand j’ai #faitcetruccool ».
Une manière de s’administrer un autoshoot de reconnaissance quand elle en a besoin.

Les frères et soeurs se chamaillent constamment

Et si on observe bien, 90% de leurs disputes ont un lien avec le besoin de reconnaissance.

Un cas classique de dispute c’est le Elle m’a pris mes affaires, c’est pas à elle ! Et souvent ces mots sont prononcés par la grande sœur qui vient de se faire squatter ses jouets par la petite sœur. Et pourtant la petite à des jouets, mais elle préfère ceux de sa grande sœur. Tout simplement parce qu’elle essaye de prouver ainsi qu’elle est aussi bien que sa sœur, aussi grande et qu’elle veut obtenir autant de reconnaissance que sa sœur.

Ce phénomène est un classique des frères et sœurs où la petite dernière est souvent la chipie, celle qui obéit moins, celle qui fait plus de bêtises, la plus casse-cou. Ces comportements ont bien souvent une origine commune : prouver qu’on existe. La petite dernière essaye tout naturellement de remplir sa jauge de reconnaissance pour arriver au même niveau que celle de sa grande sœur. Sauf que comme la grande a eu quelques années de plus pour la remplir, bah la petite, pour compenser force un peu plus, va un peu plus loin. Quitte à parfois dépasser les limites, faire quelques bêtises ou se chamailler avec sa sœur.

Dans le même esprit, on aurait aussi pu parler du petit dernier qui reçoit moins de nouveaux habits que son grand frère (logique, recyclage). La conséquence, c’est qu’il se sent moins aimé, moins considéré, moins reconnu par ses parents. Ce qui nourrit un sentiment envers son grand frère qu’on a l’habitude de ranger dans la case jalousie. Pour moi, cette jalousie, est la conséquence d’un manque d’équité dans la reconnaissance perçue par le plus petit.

Et c’est également comme cela qu’on arrive à pleins de mini-conflits qui partent de trucs souvent insignifiants :

  • j’ai pas eu autant de jus qu’elle
  • c’est moi la première à lancer le dès
  • elle a une plus grosse part que moi
  • tu l’as cherché la première à l’école est pas moi
  • c’est moi qui choisit la chanson pas toi

L’éducation positive apporte d’ailleurs des clés pour agir sur ce besoin de reconnaissance à la base, en partant du principe qu’un enfant, aussi petit soit-il, est une personne comme les autres, qui a des besoins. Besoin qu’on le considère, qu’on s’occupe de lui, qu’on joue avec lui, qu’on le félicite. Et tout celà, ca apporte de la reconnaissance !

On cherche tous l’amour

Je pense que l’amour c’est le niveau ultime de reconnaissance qu’on peut donner à quelqu’un. Quand on dit je t’aime à quelqu’un, je pense qu’on lu dit en fait, je te reconnais comme étant la personne parfaite pour moi.

Et c’est pour celà que quand on se sent aimé, on se sent heureux, on se sent pousser des ailes, on se sent invincibles. Tout simplement car notre jauge de reconnaissance est pleine au max.

C’est valable pour un couple bien évidement mais également pour l’éducation des enfants. Quand les enfants savent qu’ils sont aimés ils avancent mieux, ils progressent plus vite, ils prennent des initiatives plus facilement car ils n’ont pas peur d’échouer. Car même s’ils échouent leur jauge de reconnaissance est tellement pleine que celà ne les stabilisera pas. Surtout si en plus on leur fait comprendre de manière bienveillante qu’ils n’ont pas forcément « échoué » et qu’ils feront mieux la prochaine fois.